Chroniques Livres

Grace and Fury #1 de Tracy Banghart

Chez Hachette Romans, Septembre 2018, 360 pages.
Ma note : ★★★★☆

Quatrième de couverture :
« Il était interdit aux femmes de lire. Il était interdit aux femmes de faire quoi que ce soit, vraiment. »
Toute sa vie, Serina a été formée pour devenir Grâce : une femme choisie pour son élégance, sa beauté, et pour se tenir aux côtés du roi. Cette année, c’est le prince héritier, Malachi, qui va choisir sa compagne. Serina se rend donc dans la capitale de Viridia accompagnée par sa sœur, Nomi, qui deviendra sa servante. La première y voit l’opportunité de sauver sa famille de la pauvreté ; la seconde n’y reconnaît qu’un exemple de plus de l’oppression des femmes. Contre toute attente, c’est Nomi qui est choisie pour devenir Grâce. Mais elle cache aussi un lourd secret : elle sait lire, une activité interdite aux femmes de ce pays. Lorsque les deux sœurs sont surprises en possession d’un ouvrage que Nomi a volé dans la bibliothèque royale, Serina se dénonce aussitôt comme coupable. Elle est alors envoyée sur le mont aux Ruines : une île devenue prison pour femmes.
Si elle veut survivre, Serina devra s’endurcir. De son côté, Nomi la rebelle devra faire semblant de se soumettre aux règles du palais afin de gagner l’influence nécessaire pour délivrer sa sœur. C’est un livre, caché dans les affaires de Nomi, qui lui fait entrevoir la vérité. Et si Viridia avait autrefois été dirigée par des femmes ? Si la personne qui lui avait laissé le livre était un allié ?

Mon avis :
Je remercie les éditions Hachette et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman.

Grace and Fury est un premier tome totalement addictif que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher avant de l’avoir terminé. Tracy Banghart parvient à nous embarquer tout de suite dans le vif du sujet sans nous perdre en cours de route et c’est très appréciable. Si le début m’a largement fait penser à la saga La Sélection de Kiera Cass (publié chez Robert Laffont dans la Collection R) et à d’autres séries de YA un peu historiques du même genre comme on a pu en voir beaucoup, passé les premiers chapitres nous rentrons dans un univers vraiment original que j’ai absolument adoré.

Nous découvrons l’histoire de Serina et Nomi, deux sœurs qui n’ont pas grand chose en commun à part l’affection qu’elles ont l’une pour l’autre. Alors que la première a toujours été formée pour devenir une Grâce, la future compagne de l’Héritier du royaume, Nomi a quant à elle été formée pour devenir sa suivante. Elles n’ont donc pas du tout les mêmes intérêts et encore moins le même tempérament. Mais contre toute attente, c’est Nomi qui se fait remarquer de Malachi, l’Héritier, et qui va être choisie à la place de sa soeur pour devenir une Grâce. Serina quant à elle, va être prise de cours face à cette annonce et va devoir devenir une suivante le plus rapidement possible et soutenir sa soeur dans cette nouvelle étape de sa vie. C’est en tentant de lui changer les idées qu’elle va être arrêter, surprise en possession d’un livre alors que c’était Nomi la vraie coupable, ce qui est strictement interdit pour une femme. Serina va alors être envoyée au Mont Destruction, ou une toute autre destinée l’attend : se battre littéralement pour sa survie.

J’ai absolument adoré l’évolution des deux personnages principaux et la relation qu’elles entretiennent au début du roman. Quand Nomi est choisie à la place de Serina, je m’attendais à ce que cette dernière veuille se venger à tout prix, et elle choisit plutôt de soutenir sa sœur malgré sa peine. J’ai trouvé le choix de Tracy Banghart très original, parce que les familles qui se déchirent en romans YA on en a déjà vu beaucoup ! Les deux sœurs évoluent énormément au cours de ce roman, qui n’est pourtant qu’un premier tome. Chacune de leur côté, elles vont faire face à des épreuves et un monde brutal qu’elles n’avaient jamais pu imaginer puisqu’elles se retrouvent à suivre un chemin qui n’était pas celui tracé pour elle à la base. Nomi va devoir apprendre à devenir discrète, à séduire l’Héritier et son entourage pour savoir ce qu’est devenue sa sœur et tenter de la secourir, et Serina va devoir apprendre à se battre pour sa survie. Chacune va devoir se méfier de son entourage, car ni au palais ni au Mont Destruction on ne sait vraiment à qui se fier.

Un premier tome totalement addictif, dans lequel on rentre immédiatement grâce aux chapitres aux points de vue alternés entre les deux sœurs, impossible de s’ennuyer. Je tiens également à souligner l’aspect féministe de ce roman, tous les éléments qui sont interdits aux femmes et qui sont petit à petit expliqués au fil du récit, et ces héroïnes terriblement fortes qui vont tenter de faire revenir les choses dans le droit chemin… cela ne peut que nous parler dans notre société actuelle. J’ai terriblement hâte de découvrir la suite, car la dernière partie de ce premier tome était haletante au possible ! Je vous conseille vraiment de découvrir ces deux héroïnes et l’univers de Tracy Banghart !

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Chroniques Livres

La Cour d’Onyx #1 – Minuit jamais ne vienne de Marie Brennan

Chez L’Atalante, février 2018, 352 pages.
Ma note : ★★★☆☆

Quatrième de couverture :
À la fin du XVIe siècle, l’Angleterre prospère sous le règne d’Élizabeth, première du nom et dernière monarque de la lignée des Tudor. Sous Londres s’étend le palais tentaculaire d’Invidiana, la reine des fae, qu’elle gouverne en maîtresse inflexible. Son pouvoir est le reflet ténébreux de la gloire éclatante dont s’entoure la dernière des monarques Tudor. Dans ce palais d’Onyx, les fae n’ont pas à craindre le fer et la foi chrétienne que les mortels utilisent contre eux pour se protéger de leurs méfaits.
Depuis trente ans, les affaires des deux cours sont toutefois étroitement liées. Un pacte mystérieux, tragique peut-être, unit les deux souveraines. Car si, chez les mortels, rois et amours sont éphémères, les fae les jalousent pour les passions qui animent leur vie.
Un courtisan humain et une fae en disgrâce découvrent peu à peu les alliances et les trahisons qui gangrènent les deux trônes. Ensemble, ils ont une chance de révéler la source du pouvoir d’Invidiana et, peut-être, de rétablir un peu de justice, d’harmonie et de confiance dans une société de haine et de violence.
Une œuvre baroque, où se mêlent l’histoire et la fantasy, fort bien documentée sur la vie à la cour d’Élizabeth et les drames politiques qui s’y sont joués, et riche de tout le folklore du Petit Peuple des îles britanniques.

Mon avis :
Voici une lecture qu’il a été difficile de sortir de ma PAL parce qu’il a fallu que je trouve le bon moment pour la lire. J’avais pourtant demandé aux éditions l’Atalante de me l’envoyer et je les remercie grandement d’avoir accepté. Mais le mélange historique/fantastique qui me faisait énormément envie n’a pas été facile à caser dans mon planning chargé, entre les études, le travail, les examens, puis la reprise d’un nouveau travail… C’est finalement mon envie de me replonger dans des romans historiques qui m’a enfin poussée à le lire !

Cette lecture a été une véritable découverte : celle de son autrice Marie Brennan, que j’avais envie de lire depuis la sortie de ses romans « Mémoires, par Lady Trent » dont j’avais entendu beaucoup de bien. C’est finalement en voyant ce petit dernier sur table en librairie, qui mêlait fantastique et époque Élisabéthaine que j’ai décidé qu’il était plus que temps de me lancer. Marie Brennan a prouvé dans ce roman qu’elle a la capacité de mélanger fantastique et historique sans tomber dans le « trop ». Grâce à l’alternance des chapitres dans la cour d’Elizabeth et ceux dans la cour d’Onyx, nous découvrons les deux univers, les deux personnages principaux qui vont nous guider au fil de notre lecture et nous rencontrons surtout l’univers des faes qui peuplent secrètement Londres.

Je dois avouer avoir d’abord eu quelques difficultés à rentrer dans ma lecture. Non pas à cause de l’écriture que j’ai trouvé particulièrement fluide et que j’ai beaucoup appréciée, notamment grâce à des chapitres assez courts et un roman divisé en plusieurs actes. Le roman présente cependant énormément de personnages, de lieux, nous avons droit à des sauts dans le temps avec la présence de souvenirs… Beaucoup de détails qu’il fallait garder en tête pour ne pas se perdre au détour d’une page. Il m’a fallu arriver à la moitié du roman avant de vraiment m’habituer à ces différents points de vue, à comprendre vraiment quels étaient les enjeux de l’intrigue, le but des différents personnages et les relations qu’ils entretenaient les uns avec les autres.

Cependant, je connais plutôt assez bien l’époque abordée dans le roman et j’ai vraiment adoré la découvrir sous un nouveau jour, sous de nouvelles perspectives. On ressent lors de la lecture que Marie Brennan s’est énormément documentée sur l’époque et le règne d’Elizabeth, les relations entre les personnages et les différents complots et manipulations dont nous sommes témoins sont extrêmement bien ficelés. La seconde moitié du roman se lit donc beaucoup plus facilement une fois que l’on s’est habitué à l’univers. On y découvre des personnages historiques, associés à des personnages inventés par l’auteure, le tout alterné avec l’univers des faes qui est incroyablement riche et intéressant.

Une lecture que j’ai donc trouvée trop lente au début, ce qui se justifie pourtant : il s’agit d’un premier tome qui doit poser les bases d’un univers fantastique mélangé à des faits historiques réels. Il est nécessaire d’avoir un début solide sur lequel s’appuyer pour ne pas se perdre en cours de route pour les prochains tomes, mais cela pourrait décourager certains lecteurs… J’ai en tout cas hâte de découvrir la suite ! 🙂

Chroniques Livres

Nos vies en mille morceaux – Hayley Long

Chez Gallimard jeunesse, août 2018, 325 pages.
Ma note : ★★★★☆

Quatrième de couverture :
Comment reprendre goût à la vie quand on a tout perdu ? Le cheminement de deux frères renversant, chaleureux et tout en finesse.
Le monde de Griff et Dylan, 13 et 15 ans s’écroule à la fin de l’été, quand un accident de voiture les laisse orphelins. Installés à New-York depuis peu, ils sont d’abord recueillis par Blessing, collègue bienveillante de leurs parents. Puis à l’autre bout du monde, dans une petite ville du pays de Galles, chez un oncle et une tante qu’ils ne connaissent pas. Dylan veille sur son petit frère comme sur la prunelle de ses yeux, tandis que Griff sort de son isolement grâce à l’affection de son entourage et aux amitiés qu’il commence à nouer. Dylan, de son côté, trouvera-t-il le paix intérieure?

Mon avis :
Je tiens à remercier les éditions Gallimard jeunesse qui ont accepté de m’envoyer ce service presse !

Nos vies en mille morceaux est un roman qui nous fait passer par toute une palette d’émotions. Nous commençons par faire la connaissance des deux personnages principaux : Griff et Dylan, deux adolescents de 13 et 15 ans, qui alors qu’ils reviennent de vacances d’été avec leurs parents, ont un accident. Ils se retrouvent alors orphelins et vont être recueillis provisoirement par Blessing, la collègue de leurs parents professeurs de collège, puis finalement par leur tante Dee, au Pays de Galles. Dylan et surtout Griff, qui a plus de mal à accepter la situation, vont devoir se reconstruire.

Le merveilleux atout de ce roman est sans conteste la richesse des personnages. Griff est un enfant complètement perdu, surprotégé par son frère Dylan. Le premier va devoir se trouver une nouvelle place dans le monde après la perte de ses parents, aidé par le second. Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants et attachants : d’abord Blessing, qui amènera la touche musicale (et très importante) du roman, Dee et son époux, la jeune Hari, mais également les personnages âgées auxquelles cette dernière et Griff vont rendre visite. Chaque personnage apporte une nouvelle information au roman et ajoute sa pierre à l’édifice.

Un réel effort de mise en page a été fait sur ce roman (j’ignore si elle est identique en version originale), ce qui donne une vraie dynamique à l’histoire et surtout aux dialogues. La typographie n’a pas la même taille en fonction de l’intonation utilisée par les personnages, en fonction de s’ils chuchotent ou s’ils parlent fort, la police sera plus grande ou plus petite. Des sauts de ligne sont utilisés aussi pour Dylan, quand il décide de se couper du monde et part dans ses pensées, cela nous permet de découvrir par des flash-backs des moments partagés avec leurs parents. Des petits détails et des choix de mise en page permettent vraiment de porter l’attention sur certains éléments et de se plonger totalement dans l’expérience tragique que sont en train de vivre ces deux adolescents.

L’auteure a choisi de jouer sur un certain effet de surprise dans le roman, qui n’a pas forcément fonctionné sur moi parce que j’ai rapidement deviné de quoi il était question. Cependant je trouve l’idée excellente et je pense que les lecteurs qui ne devineront pas n’auront qu’une envie : relire le roman pour le découvrir d’un œil nouveau. Nos vies en mille morceaux est un roman très touchant, qui aborde les thèmes du deuil, de l’adolescence, du lien fraternel et familial avec beaucoup de sensibilité, un peu d’humour et une belle justesse. C’était une très jolie lecture.

Chroniques Livres

Le chant d’Achille – Madeline Miller

Chez Pocket, avril 2015, 468 pages.
Ma note : ★★★★★
Coup de cœur ♥

Quatrième de couverture :
Le jeune Patrocle est envoyé dans le royaume de Phthie. Il y rencontre Achille qui est tout ce qu’il n’est pas : un jeune prince brillant, aimé et admiré. Patrocle devient son écuyer. Rien ne devrait les rapprocher et, pourtant, les deux jeunes hommes nouent des liens d’amitiés très forts qui évoluent en passion amoureuse.
Achille sait qu’il est appelé à vivre un destin exceptionnel. Il s’engage donc immédiatement pour faire le siège de Troie. Patrocle, beaucoup moins héroïque, suit son ami à contre cœur. La guerre de Troie éprouvera les deux hommes. Elle ébranlera leur histoire d’amour et remettra également en question leurs convictions les plus profondes. Contre toute attente, c’est Patrocle qui trouvera une mort héroïque, vaincu par la colère des dieux. Achille, dévasté, rongé par le chagrin et la culpabilité, mourra à son tour.

Mon avis :
Je suis vraiment gâtée dernièrement puisque je fais d’excellentes lectures. Le Chant d’Achille a été un véritable coup de coeur et je regrette de l’avoir laissé attendre dans ma PAL aussi longtemps, puisqu’avec un thème pareil, j’étais pratiquement sûre d’aimer. C’était presque joué d’avance.

Madeline Miller nous plonge en pleine Grèce antique afin de nous faire redécouvrir l’histoire de Patrocle et d’Achille et plus particulièrement l’histoire d’amour qu’ils ont partagé. Comment rendre un roman intéressant quand on connaît déjà le mythe, l’histoire de ces deux personnages et surtout leur destin funeste ? C’est le pari que s’est lancé l’auteure et qu’elle réussi avec brio grâce à une écriture fluide et l’utilisation d’une narration du point de vue de Patrocle, le moins connu des deux personnages. C’est un point de vue très intéressant, puisque Patrocle évolue énormément à travers le roman et même s’il reste toujours en retrait par rapport à Achille, il est souvent celui que l’on oublie dans l’histoire…

Le roman couvre (pratiquement) toute la vie des deux héros, puisque nous découvrons d’abord Patrocle alors qu’il n’est qu’un enfant et que son père veut le marier avec Hélène, vous savez, celle qui déclenchera malgré elle la fameuse guerre de Troie… Le mariage ne se fait pas, puisqu’elle choisit un autre prétendant : Ménélas, qui affrontera des années plus tard les fils troyens aux côtés des grecs. C’est après avoir accidentellement tué un jeune garçon, héritier, que Patrocle est déshérité et envoyé en Phtie, où il rencontre Achille. D’abord timide, réservé et peu sûr de lui, le jeune homme est intrigué et fasciné par le héros, fils du roi Pélée et de Thétis, une nymphe. Le récit avance progressivement, Patrocle devient le compagnon d’Achille, puis son ami et enfin son amant… Ils partent ensemble pour suivre l’enseignement de Chiron, le centaure. Jusqu’à ce que la guerre n’arrive et vienne tout détruire.

Les pages défilent à toute vitesse et le roman se termine avant même que l’on ne s’en rende compte. Nous rencontrons une flopée de personnages, certains bien connus (Ulysse, Hector…) et d’autres plus secondaires que l’on aurait aimé suivre plus longtemps (notamment Thétis, la mère de Achille, qui est incroyablement mystérieuse et effrayante tout au long du roman, prête à tout pour protéger son fils). La lecture est addictive, la relation entre Patrocle et Achille se construit doucement et n’est en rien précipitée, on la savoure autant qu’eux. C’est pourtant un roman déchirant puisque l’on sait pertinemment quel sera son dénouement et quel sera le sort des deux amants, et malgré leurs efforts pour contrer la prophétie qui annonce la mort d’Achille, le lecteur sait très bien qu’ils n’y pourront rien.
Les descriptions de Madeline Miller nous plongent en pleine Grèce antique puis en pleine guerre de Troie avec un réalisme impressionnant qui nous donnerait envie que le roman ne s’arrête jamais.

Un roman captivant, une véritable épopée que j’ai absolument adoré. Les personnages, et plus particulièrement Patrocle, sont terriblement touchants. C’est un véritable coup de cœur. Je pense me plonger bientôt dans son nouveau roman, qui suit la même idée de revisite mais avec le personnage de Circé, qui croise la route d’Ulysse lors de son voyage.

Chroniques Livres

Filles de la mer de Mary Lynn Bracht

Chez Robert Laffont, février 2018, 432 pages.
Ma note : ★★★★★
Coup de cœur

Quatrième de couverture :
Sur l’île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite sœur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée. Un jour, alors qu’Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa sœur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu’elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d’autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie.

Mon avis :
Filles de la mer est un roman coup de poing qui a assez peu fait parler de lui mais qui, à mon humble opinion, mérite vraiment le temps de lecture. Acheté lors de ma visite au salon Saint-Maur en Poche 2018, j’ai craqué parce que l’auteure était présente et que c’était peut-être là ma seule occasion de le faire dédicacer… je ne tenais pas à regretter plus tard, sachant que j’avais très envie de le lire depuis sa sortie. Et je ne regrette qu’une chose : ne pas l’avoir lu avant pour pouvoir en discuter avec elle au salon.

Nous y découvrons l’histoire parallèle de deux sœurs : Hana pendant la seconde guerre mondiale et Emi en 2011, deux histoires qui vont bien sûr être liées tout au long du récit par leur lien fraternel et les épreuves que la première va traverser.
Les deux jeunes femmes ont été élevées sur l’île de Jeju, en Corée, dans la communauté des haenyeo (les « filles de la mer ») : elles pêchent de manière traditionnelle en profondeur pour ensuite vendre leur butin sur le marché. Un jour, alors qu’Hana est en train de pêcher avec sa mère et que sa petite sœur est seule sur la plage, elle aperçoit un soldat japonais. Incapable de laisser sa sœur se faire enlever, elle se fait prendre à sa place et la voilà embarquer dans un destin terriblement tragique et brutal : elle devient une « femme de réconfort » pour les soldats japonais présents en Corée pendant l’Occupation. Envoyée en Mandchourie dans un bordel, elle se fait violer à répétition, perd son identité pour être appelée Sakura, doit faire face aux réalités de la situation et aux horreurs des hommes mais ne perd pas son unique but et garde en tête ce qui lui tient le plus à cœur : retrouver la liberté, sa famille et regagner la mer.

Filles de la mer est un roman terriblement difficile, déchirant et poignant sur le destin de toutes ces femmes brutalisées pendant la guerre. Un véritable hommage à toutes les victimes de soldat, de violences et qui ont été malheureusement oubliées par l’Histoire. Les chapitres concernant Hana sont durs, violents et dévoilent une partie oubliée de la guerre et je dois dire que je ne m’attendais pas à lire quelque chose d’aussi sombre quand j’ai attaqué ma lecture. Il faut s’accrocher pour faire face à toutes les épreuves que traverse la pauvre Hana… Je ne pensais pas m’attaquer à un tel sujet en lisant ce roman.
C’est dans la partie narrée par Emi que nous découvrons l’autre aspect de l’histoire : cette soeur qui a été protégée mais qui ne s’est jamais pardonnée d’avoir laissé Hana partir avec ce soldat sans rien dire. Toute sa vie, elle s’en ait voulu et alors qu’elle organise son dernier voyage pour rendre visite à ses enfants, elle veut se rendre à une cérémonie de commémoration où les familles et descendants de ses femmes se battent, pour que le gouvernement reconnaisse les faits et que ces femmes soient enfin reconnues. Emi n’a jamais abandonné l’idée de retrouver Hana, mais sa culpabilité l’a toujours empêcher de vivre pleinement sa vie.

Je recommande vivement ce roman, mais soyez prévenus de son contenu. C’est une histoire dure, difficile à lire mais qui vaut vraiment le détour. L’écriture de Mary Lynn Bracht nous accompagne avec douceur tout au long de ce récit riche, dans lequel il arrive énormément d’événements, et certains passages teintent le tout d’une certaine dose d’espoir. Deux femmes exceptionnelles. Un concentré d’émotions. C’est un coup de cœur.

Chroniques Livres

The Doldrums de Nicholas Gannon

Chez Harper Collins, octobre 2017, 368 pages.
Disponible en français chez Pocket Jeunesse.
Ma note : ★★★★☆

Quatrième de couverture :
Les grands-parents d’Archer Hemsley, 11 ans, ne sont jamais rentrés de leur mission sur un glacier, il y a deux ans. Le garçon n’a qu’une idée en tête : partir à l’aventure pour les retrouver. Mais comment faire pour quitter la ville alors que sa mère le laisse à peine quitter leur maison ? Heureusement, Archer peut compter sur un duo d’amis de choc : le tête-en-l’air Oliver Gulb et Adelaïde Belmont, ancien petit rat de l’opéra de Paris à la jambe de bois. Ils mettent au point un plan infaillible : lors d’une sortie scolaire au muséum d’histoire naturelle, ils s’enfuiront, et en avant pour l’Antarctique ! Mais rien ne se passe comme prévu : entre leur terrible prof Mrs Murkley et l’attaque d’un ours polaire empaillé, le départ vers le glacier semble compromis…

Mon avis :
Me voilà de retour sur le blog et avec en plus un roman en VO ! Après avoir terminé mes deux ans d’apprentissage en librairie, j’ai eu envie de me plonger dans des lectures détentes et avec notre voyage en Angleterre avec Alexandra (du blog Comme par enchantements), j’ai décidé de jeter mon dévolu sur l’un des livres que j’avais acheté en librairie sur place. C’est le premier tome des aventures des Doldrums, écrit par Nicholas Gannon, qui a été l’heureux élu et que j’ai dévoré en à peine deux jours.

Voici un premier tome qui nous offre de belles aventures ! Nous découvrons le personnage d’Archer Helmsley, un jeune garçon dont les grands-parents sont de grands aventuriers et n’ont cessé d’explorer le monde à la recherche de ses merveilles. Mais ces derniers ne sont jamais revenus d’une de leurs expéditions en Antarctique. Deux ans plus tard, Archer a pourtant encore espoir de les voir revenir, et encore plus quand leurs affaires sont livrées chez lui… lui faisant miroiter de nombreux indices sur leur dernier voyage et leur vie mouvementée.
Aidé d’Oliver, son meilleur ami, et d’Adélaïde, une nouvelle élève venue de France, il va alors décider de partir à leur recherche et entreprendre les préparatifs d’un voyage pour le Pôle Sud… un voyage qui va s’avérer bien plus compliqué que prévu !

Voici un roman qui m’a totalement enchantée. Moi qui adore la littérature jeunesse, j’ai été servie car j’y ai retrouvé absolument tous les éléments que j’aime dans ce genre. Tout commence bien évidemment avec des personnages terriblement attachants grâce à Archer, désespérément à la recherche de ses grands-parents, Oliver, un peu peureux mais prêt à tout pour son ami, et Adélaïde, la petite française à la jambe de bois. Il s’agit du principal atout de ce roman qui nous présente trois jeunes personnages en quête d’aventure, qui seront finalement liés par une amitié sans faille !
Ce trio nous emmène également dans une histoire bourrée d’humour, mais aussi de rebondissements et de révélations : la recherche des grands-parents d’Archer va se révéler pleine de secrets enfouis, de voyages inconnus, de rêves, de rencontres surprenantes, de désirs… Gros bonus pour les nombreuses illustrations qui viennent ponctuer le récit et qui accompagnent à merveille le développement de l’histoire.

The Doldrums est un roman avec un univers qui lui est propre, l’écriture de Nicholas Gannon nous entraîne dans cet enchaînement d’actions avec facilité et sans jamais se précipiter. Tout va très vite, tout en restant réaliste dans l’évolution des personnages et l’avancement de l’histoire. Nous n’avons pas le temps de nous ennuyer une seule seconde. Et pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue par la fin, alors que le roman était presque un coup de cœur. En effet, la promesse d’aventure et de voyage que nous faisait miroiter Archer, Oliver et Adélaïde pendant les 3/4 du roman tombe finalement à plat, nous laissant avec un goût d’inachevé. Heureusement, il s’agit d’une série et un deuxième tome est déjà sorti !

Chroniques Livres

La femme qui tuait les hommes de Eve de Castro

Chez Robert Laffont, janvier 2018, 288 pages.
Ma note : ★★★☆☆

Quatrième de couverture :
Paris, 2017. Saint-Pétersbourg, 1909. Une rencontre sur un quai de métro. Un hallucinant fait divers. Un voyage entre deux mondes où se noue le destin d’une couturière octogénaire, d’un écrivain coureur de jupons, du jeune Lénine et d’une terrible justicière. Une comtesse savoyarde y côtoie un poseur de rails et un cirque ambulant. De la Russie pré-révolutionnaire au Paris littéraire, mêlant humour, tendresse et gravité, Eve de Castro nous embarque, nous bouscule, nous envoûte.

Mon avis :
Ce livre m’a été envoyé par Filipa et les éditions Robert Laffont, je tiens à les remercier de m’avoir permis cette lecture. La femme qui tuait les hommes m’intriguait énormément à cause de son titre. Je n’ai jamais rien lu d’Eve de Castro, ça a donc été une totale découverte. Une lecture qui a finalement été en demi-teinte mais qui ne m’empêchera pas de découvrir ses autres ouvrages parce que j’ai quand même passé de bons moments.

Ce roman se déroule sur deux chronologies, mais les histoires finissent bien évidemment par se croiser et les personnages sont liés d’une façon ou d’une autre, nous nous en doutons dès le début de la lecture. À travers les personnages de Jeanne et de Léna, nous découvrons deux quotidiens très différents, mais pourtant pas si éloignés. Elles sont femmes, elles sont solitaires, elle sont brisées. Jeanne, couturière retraitée, a été manipulée toute la vie par les hommes. Léna, quant à elle, venge les autres femmes et les enfants en assassinant les hommes violents. Nous allons donc être embarqués sur les pas de cette fameuse Léna, une jeune femme russe amoureuse du futur Lénine, condamnée à mort en 1909 pour avoir tué près de 300 hommes. C’est cette histoire de meurtre qui nous est vendue dans le résumé et par le titre du roman, mais cet élément n’arrive qu’assez tard dans le roman et cela m’a pas mal déçue. Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus mouvementé, de plus rapide et j’ai finalement dû attendre une mise en place avant d’attaquer le vif du sujet, ce que j’ai trouvé long pour un roman « si » court.

Si j’ai bien apprécié la première partie avec la présentation des personnages et l’alternance des deux époques et des deux points de vue, je me suis parfois perdue dans la chronologie des événements. Nous nous perdons entre Jeanne, son passé, ainsi que Léna et son histoire. Je pense que je n’ai sans doute pas lu ce roman au bon moment : même s’il est court, il se passe beaucoup de chose et je l’ai trouvé assez dense. J’avais beaucoup de choses en tête et je pense vraiment que je l’aurais beaucoup plus apprécié si je l’avais lu à un moment moins compliqué pour moi.

J’ai trouvé certains passages absolument magnifiques et j’ai même relevé certains dialogue que j’ai trouvé sublimes. L’écriture d’Eve de Castro m’a charmée et je réitérerai l’expérience avec grand plaisir.